Histoire du snake : de Nokia 3310 au navigateur web
Le snake est l’un des jeux vidéo les plus universellement reconnus de l’histoire. Beaucoup y ont joué sans même connaître ses origines, qui remontent bien avant les téléphones Nokia. Retour sur un demi-siècle d’évolution, des bornes d’arcade des années 1970 jusqu’aux versions multijoueurs en ligne d’aujourd’hui.
Blockade : l’ancêtre oublié (1976)
L’histoire du snake commence en 1976 avec Blockade, un jeu d’arcade développé par Gremlin Industries. Dans Blockade, deux joueurs contrôlaient chacun une ligne qui s’allongeait derrière eux. L’objectif était de forcer l’adversaire à percuter un mur ou une traînée. Le concept de base était déjà là : un élément qui s’allonge et que le joueur doit éviter de croiser.
Blockade a rapidement engendré des clones sur les premières plateformes informatiques. Les versions pour TRS-80 et Apple II ont popularisé le concept auprès des premiers passionnés d’informatique domestique. C’est à cette époque que la mécanique du serpent qui mange et grandit a commencé à se cristalliser.
Nibbler : le snake en solo (1982)
En 1982, la borne d’arcade Nibbler de Rock-Ola a introduit une variante cruciale : un mode solo où le serpent grandissait en mangeant des objets dispersés dans un labyrinthe. C’est Nibbler qui a véritablement posé les fondations du snake tel que nous le connaissons aujourd’hui. Le joueur devait naviguer dans des espaces de plus en plus restreints à mesure que le serpent s’allongeait.
Nibbler est aussi resté dans les mémoires pour ses parties marathon : c’est sur cette borne que l’Américain Tim McVey a franchi, dans les années 1980, la barre du milliard de points au terme d’une session de près de deux jours. La mécanique avait déjà de quoi retenir un joueur très longtemps.
Nokia 6110 : la révolution mobile (fin 1997)
Le véritable tournant dans l’histoire du snake survient fin 1997, lorsque Taneli Armanto, un ingénieur finlandais de Nokia, programme une version du jeu pour le Nokia 6110. Ce choix n’était pas anodin : Armanto cherchait un jeu suffisamment simple pour fonctionner sur l’écran monochrome du téléphone, tout en étant assez captivant pour divertir les utilisateurs.
La version Nokia était minimaliste par nécessité. Un serpent composé de pixels, une pomme à manger, des murs à éviter. Les contrôles se faisaient avec les touches 2, 4, 6 et 8 du clavier numérique. Cette simplicité forcée s’est avérée être un atout considérable : n’importe qui pouvait comprendre le jeu en quelques secondes et commencer à jouer immédiatement.
Nokia 3310 : le phénomène planétaire (2000)
Si le Nokia 6110 a lancé le snake mobile, c’est le Nokia 3310, sorti en 2000, qui l’a transformé en phénomène culturel mondial. L’un des téléphones les plus vendus de son époque, le 3310 embarquait Snake II, une version enrichie avec notamment des labyrinthes et des bonus.
Le Nokia 3310 était partout : dans les cours d’école, les transports en commun, les salles d’attente. Et avec lui, Snake II est devenu le passe-temps universel d’une génération entière. Préinstallé sur une très grande partie des téléphones de la marque, le snake de Nokia est devenu l’un des jeux les plus largement distribués de son temps, bien avant l’ère des smartphones.
L’héritage de Taneli Armanto
Taneli Armanto a programmé le jeu en tant qu’employé de Nokia : il appartenait donc à l’entreprise, pas à son auteur. Son impact culturel, lui, est considérable. Armanto a démontré qu’un jeu n’avait pas besoin de graphismes avancés ni de scénarios complexes pour captiver le grand public. La mécanique pure suffisait.
L’ère du web : Google et les versions en ligne
Avec le déclin des téléphones Nokia et l’arrivée des smartphones, le snake aurait pu sombrer dans l’oubli. Au lieu de cela, il a migré vers de nouvelles plateformes. Le 1er avril 2019, Google a glissé un Snake dans Google Maps, le temps d’une opération éphémère que nous racontons dans l’article sur le Snake de Google. De quoi raviver la nostalgie de bien des anciens joueurs.
Les technologies web modernes - HTML5, Canvas, WebSocket - ont ouvert la voie à des versions toujours plus abouties. Désormais, il est possible de jouer au snake directement dans un navigateur, sans installation, avec des graphismes fluides et même des fonctionnalités multijoueurs en temps réel.
Slither.io et le renouveau multijoueur (2016)
En 2016, Slither.io a propulsé le concept du snake dans une nouvelle dimension. Ce jeu en ligne massivement multijoueur reprenait la mécanique de base - un serpent qui grandit en mangeant - mais dans une arène partagée avec de très nombreux autres joueurs. Le succès a été fulgurant, porté par d’innombrables vidéos sur YouTube.
Slither.io a prouvé que la formule du snake était intemporelle. En y ajoutant la compétition en ligne, les développeurs ont donné une seconde jeunesse à un concept vieux de quarante ans. Cette approche multijoueur continue d’inspirer de nouvelles versions, y compris notre propre snake multijoueur en ligne.
Le snake aujourd’hui et demain
Cinquante ans après Blockade, le snake reste vivant et pertinent. Les versions modernes proposent des classements en ligne, des modes multijoueurs et des défis quotidiens. Pourtant, le cœur du jeu n’a pas changé : un serpent, de la nourriture, et un espace qui rétrécit.
Cette longévité exceptionnelle témoigne de la puissance d’un game design minimaliste mais parfaitement équilibré, un trait partagé avec d’autres classiques préinstallés comme le démineur dont l’histoire remonte à Windows. Le snake enseigne la patience, la planification et la gestion du risque. Pour mettre ces compétences en pratique, lis le guide stratégie Snake : spirale, peigne et records.